II. La lecture (partie 2)

C.   Stratégies de regard et lecture

a)    Les fixations

b)    Les saccades

c)     La phase d’apprentissage de la lecture

D.     Pathologies de regard et lecture

a)    Troubles modérés

b)    Troubles sévères


C. Stratégies de regard et lecture

La prise initiale d’informations est sous la dépendance totale des mouvements du regard. Or en enregistrant les mouvements oculomoteurs d’un adulte en train de lire, on remarque que les yeux n’ont pas un mouvement lisse, linéaire et régulier ; le regard ne parcourt pas le texte mot à mot et encore moins lettre à lettre.

Bien au contraire, on observe des saccades (bonds successifs), suivis de fixations fovéolaires caractérisées par des « pauses » de façon plus ou moins irrégulière selon le texte et le lecteur. Les fixations concernent des groupes de lettres d’un mot et progressent généralement de gauche à droite par des saccades de progression. Lorsque le sujet a besoin d’un renseignement supplémentaire, (souvent quand la saccade de progression n’a fait que survoler le groupe de lettres), il se produit ce que l’on appelle des saccades de régression : comme un retour en arrière.

La figure ci-dessous illustre les particularités du déplacement oculaire dans l’activité de lecture.

 

 

               a.   Les fixations

La période d’analyse, qui permet l’identification des mots, correspond au temps d’arrêt à chaque fixation. Il occupe environ les 9/10 du temps de lecture.

Leur durée est de 250 millisecondes en moyenne et dépend de la rareté, ou de la signification du mot pour le lecteur. Plus le terme est inattendu, plus le nombre de fixation augmente. Cela met en évidence l’existence d’une régulation cognitive liée au décodage et à la compréhension du texte.

Lors d’une fixation, l’ensemble de lettres perçues se nomme l’ « empan visuel ». Ce dernier peut varier de 2 à 20 caractères et serait composé de trois zones :

-une zone fovéale qui compte environ 3 caractères à gauche et à droite du point de fixation

-une zone parafovéale qui va de 6 à 12 caractères à droite et que l’on utilise comme prétraitement en utilisant les informations des lettres du mot suivant.

-une zone périphérique, qui contient 18 à 20 caractères à droite et ou l’on va chercher l’information concernant la taille des mots en vue de programmer les saccades à venir.

Voici un schéma présentant les 3 zones de l’empan visuel :

 

L’empan visuel et ses 3 zones

 

                      b.   Les saccades

Une saccade est un mouvement très rapide qui amène le stimulus en position fovéolaire sur la rétine. Par conséquent, il n’y a pas de perception et pas d’extraction d’information.

Leur durée est de 10 à 30 millisecondes, soit environ 100 fois plus rapide qu’une fixation.

Le réglage et le calibrage de chaque saccade est sous la dépendance de deux facteurs principaux :

- les facteurs périphériques liés à la stimulation de la rétine par les lettres à venir et perçus préférentiellement dans une progression vers la droite (caractéristique des écritures se lisant de gauche à droite, on retrouve l’inverse pour l’hébreu). Cela se met en place au cours des premières années de l’apprentissage de la lecture.

- les facteurs cognitifs « de haut niveau » liés à la compréhension du texte, à la familiarité du sujet, aux capacités du lecteur,… . Plus le texte sera difficile pour le sujet, plus les saccades seront courtes et plus le nombre de fixations augmentera.

 

Les saccades de progression se situent entre chaque fixation. (cf. schéma de l’exemple de déplacements oculaires au cours de la lecture).

 

Les saccades de régression ont un rôle très important et dépendent de la compréhension du texte lu. Lorsqu’ il y a une signification incohérente pour l’enfant, la saccade de régression permet de récupérer une information complémentaire en amont. Elles représentent environ 10 à 15 % des saccades et font parties des stratégies normales d’un bon lecteur.

 

Les saccades de retour à la ligne aussi appelées saccades obliques, elles sont acquises très tardivement, vers 8 ans. Elles ont une grande amplitude qui peut atteindre 50 à 60 caractères, progressant de droite à gauche et vers le bas (juste d’un interligne).

 

                 c.   La phase d’apprentissage de lecture

La stratégie du regard se met en place et s’automatise entre l’âge de 5 et 10 ans. Jusqu'à 10 ans, les mouvements oculaires ne sont généralement pas efficaces et les enfants compensent l’insuffisance de saccades par des mouvements légers de la tête. Pour faciliter cette phase, on utilise des outils appropriés :

-lettres grossies et espacées : afin que les enfants organisent leurs saccades et utilisent leur temps de fixation pour analyser visuellement.

-sentences courtes : ne nécessitant pas de retour à la ligne.

-suivi du doigt : permettant la mise en place des coordinations oculo-manuelles.

 

D. Pathologies du regard et lecture

La phase primordiale de lecture consiste à sélectionner, saisir, puis identifier les éléments pertinents du message visuel grâce à des stratégies de regard très élaborées. Ces mouvements oculomoteurs se retrouvent dans le processus de lecture (les deux voies décrites ci-dessus). L’activité de lecture sera donc limitée par des troubles du regard.

On en distingue deux types: les troubles modérés et les troubles sévères.

                        a.   Troubles modérés

On ne remarque pas de problèmes particuliers durant le début de la phase d’apprentissage. Les difficultés apparaissent à des niveaux plus ou moins élevés :

- lorsque l’on passe d’un groupe de mots à un long texte nécessitant un ou plusieurs retours à la ligne. (Si le texte est court et peu dense, le sujet parvient à rectifier son erreur et retrouver la bonne ligne, mais si l’écrit est long, il va se perdre, sauter des mots…)

- lorsque l’on demande à l’enfant de ne plus suivre la ligne lue avec son doigt.

 

L’orthographe d’usage

Nous avons vu précédemment que le lexique orthographique et l’accès à l’activité de lecture étaient sous contrôle de la voie directe. Les enfants qui ont des troubles du regard se trouvent en difficulté dans l’apprentissage de la lecture et, par conséquent, en orthographe d’usage : le lexique orthographique reste très limité.

(Ce trouble d’orthographe respecte la phonologie et l’orthographe grammaticale.)

 

En rééducation, on propose :

·        Un travail d’organisation linéaire des saccades : suivre une ligne horizontale de

gauche à droite permet d’améliorer et de contrôler le mouvement de progression en éliminant les saccades involontaires.

Protocole :

Sur un mur, on rétro-projette un texte et une lumière. Généralement on anticipe la lecture de l’enfant en éclairant les premiers caractères à droite du point de fixation afin de régulariser ses saccades. On observe :

- une amélioration du calibrage des saccades : en lecture rapide, on demande à l’enfant de fixer trois/quatre points prédéterminés de chaque ligne.

- l’augmentation de l’empan visuel à chaque fixation : l’enfant fixe un caractère (croix, point rouge…) et doit dire, après une brève présentation de lettres autour du point de fixation ce qu’il a vu.

 

·        Un travail sur le retour à la ligne : on utilise ici aussi le rétroprojecteur et on entraîne

le regard de l’enfant vers la partie la plus à gauche de la ligne suivante. On commence d’abord par des interlignes importants, puis on les réduits progressivement.

 

Attention : tous les exercices proposés sur écran avec rétroprojecteur sont à appliqués ensuite sur feuille, en condition de lecture. Il arrive que les progrès observés sur écran à distance, ne soient pas les même sur feuille en vision rapprochée.

 

                       b.   Troubles sévères

L’enfant n’est pas apte à organiser ses fixations. Il est capable d’apprendre les lettres mais ne peut pas, par voie visuelle, saisir le « rangement » des lettres qui en font un mot.

Ces troubles se retrouvent le plus souvent chez des enfants victimes de lésions cérébrales précoces survenues dans la période anté ou péri-natale (avant l’âge de 1 an) appelés les IMC (Infirmes Moteurs Cérébraux).

Dans cette étude on se focalisera sur des troubles du regard modérés, les troubles sévères ne seront pas développés dans le cadre de cette étude.

 

 

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