III. L'hypothèse visuo-attentionnelle (partie 1)

III.       L’hypothèse visuo-attentionnelle 

A.   Quelques rappels

a)    Phase d’apprentissage de la lecture

b)    Traitement de l’information sensorielle

c)     Troubles attentionnels

B.     Différentes théories

III.    L’HYPOTHESE VISUO-ATTENTIONNELLE

A. Quelques rappels

                a.    Phase d’apprentissage de la lecture

L’enfant en situation d’apprentissage de la lecture doit mémoriser et relier 3 types d’informations :

- information phonologique (relative à la forme sonore)

- information orthographique (relative à la forme écrite du mot)

- information sémantique (relative au sens du mot)

Les informations de nature phonologique et sémantique sont en place avant l’apprentissage de la lecture car elles sont nécessaires à la compréhension du langage oral. L’apprentissage de la lecture va donc dépendre :

- de l’étendue du vocabulaire oral

- des connaissances phonologiques

Plus l’enfant a un lexique auditif important, plus l’apprentissage sera simple.

 

L’apprentissage de la lecture consiste essentiellement à mémoriser les formes orthographiques nouvelles et à relier les formes sonores (déjà présentes) au sens.

La qualité de la représentation phonologique est importante puisque l’enfant doit mettre en place une correspondance lettre/son (cf. la 1ère étape de la voie indirecte).

Nous avons vu précédemment que les mouvements oculaires sont indispensables à la lecture. S’il existe un trouble au niveau des saccades, des fixations ou encore des retours à la ligne ; l’enfant ne peut pas associer les graphèmes aux phonèmes et ne dépasse donc pas la 1ère étape de la voie indirecte de lecture. En outre, l’enfant qui lit en sautant des mots, des lettres ou même des lignes, ne parvient pas à faire le lien entre les informations orthographiques et sémantiques.

Il existe donc un réel lien entre les informations phonologiques, orthographiques et sémantiques. Si un trouble survient dans un de ces traitements d’informations, la chaîne est rompue et l’apprentissage de la lecture devient difficile.

                    b.   Traitement de l’information sensorielle

Un stimulus auquel on ne prête pas attention ne peut faire l’objet d’aucun traitement conscient. Ces fonctions sont fondamentales ; à l’origine de toutes les tâches intentionnelles : regarder, explorer une scène visuelle, lire, mémoriser… Elles initient les différents traitements que doit subir l’information visuelle :

-         Sélectionner le signal, c'est-à-dire extraire le stimulus pertinent parmi tous les autres et inhiber les « distracteurs ».

-         Centrer son attention sur le signal choisi et la maintenir

Ce sont là des préalables indispensables au traitement conscient de l’information sensorielle.

 

                       c.   Troubles attentionnels

§        L’attention

« L’attention regroupe un ensemble de phénomènes régulateurs permettant d’optimiser l’efficience (la rapidité et /ou la précision) cognitives » (Godefroy et coll., 2001).

Il s’agit d’un état de vigilance soit global et non spécifique (état d’éveil), soit orienté vers un stimulus ou un événement précis qui va (ou peut) se produire (état d’alerte, effet d’attente), ou encore vers un stimulus précédemment sélectionné (attention sélective, brève ou maintenue).

 

L'attention est primordiale dans le comportement humain. Les activités cérébrales suivantes nécessitent une forte concentration :

-         La mémorisation d'une information

-         La compréhension d'un texte

-         La recherche d'un terme particulier

 

On distingue deux qualités d’attention :

-         L’attention exogène : déclenchée par un signal (visuel, auditif, etc.…) de l’environnement qui happe l’attention du sujet. Elle est brève et automatique.

-         L’attention endogène : l’origine est intentionnelle et est issue du sujet. Elle est liée à son projet (désir, intérêt…). Cette attention, qui peut prendre le relais de l’attention exogène, est volontaire et contrôlée par le sujet tant dans son orientation que dans sa durée.

 

Selon leur objet et leur durée, on différencie plusieurs types d’attention :

-         Attention sélective : le stimulus, sur lequel le sujet se focalise, est choisi. Le reste est négligé.

-         Attention soutenue : maintient de l’attention pendant un temps donné.

-         Attention partagée : elle est répartie entre plusieurs stimuli.

-         Attention auditive ou visuelle : les attentions visuelle et auditive sont des « unités » cognitives isolables. En effet, l’attention visuo-spatiale est indépendante de l’attention auditivo verbale. Ces deux attentions peuvent, en pathologie, atteindre l’ensemble des sous secteurs attentionnels ou réaliser des associations propres à chaque enfant.

 

Parmi l’ensemble des fonctions attentionnelles, l’attention visuelle est spécifique : elle peut évoluer et se développer indépendamment d’autres formes d’attention, en particulier de l’attention auditivo-verbale. L’attention visuelle repose sur des réseaux de neurones particuliers qui supposent, entre autres, l’intégrité des régions occipitales, pariétales et frontales qui ont respectueusement les aires visuelles, sensitives et associatives (écriture, lecture..), ainsi que motrices et associatives.

 

§        Evaluation des différents troubles attentionnels

Il est important de ne pas confondre un trouble de l’attention avec une fatigue, un désintérêt ou une pathologie cognitive.

C’est dans les domaines ou l’enfant est indemne, à l’aise et motivé que l’on pourra le mieux juger cliniquement de la présence d’éventuels troubles attentionnels.

Il faut savoir que l’hyperactivité (enfant agité, impulsif, qui ne peut pas écouter une consigne, et qui a une activité brouillonne, intense, peu productive, dispersée et anarchique) peut être associé (ou non) à des troubles de l’attention : troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité (TDA-H). Le TDA-H est évalué par des questionnaires (aux parents, à l’enfant, à l’enseignant) et des épreuves attentionnelles.

 

Des tests ont été réalisés afin de mettre en évidence des troubles attentionnels et leur type :

-         Epreuves évaluant l’attention soutenue

Testent l’aptitude à maintenir son attention au cours d’une tâche donnée.

Exemples : tests de barrages longs qui permettent de comparer les performances entre le début et la fin du test. On comptabilise les erreurs et les oublis.

-         Epreuves évaluant l’attention sélective

Testent la capacité à se focaliser sur une cible et à négliger les distracteurs.

Exemple :     Tests de barrages courts

Tests d’appariements d’images différenciables par un détail visuel.

Test de Stroop : dire la couleur de l’encre des mots écrits

-         Epreuves évaluant l’attention divisée

Testent l’aptitude à faire deux tâches simples simultanément (sachant que l’enfant est capable d’effectuer ces tâches séparément).

-         Epreuves évaluant l’attention auditivo-verbale

L’enfant doit répéter « à l’endroit » des suites de lettres, syllabes, mots, chiffres…

-         Epreuves évaluant l’attention visuelle

Ces tests comprennent tous les tests qui sollicitent les afférences visuelles : tests de barrages, tests d’appariement d’images, tests de report global et partiels (cf. ci-dessous).

 

Attention : il peut être difficile de déterminer le trouble touchant spécifiquement ces diverses attentions. Malgré ces réserves, il est indispensable de distinguer l’attention auditivo-verbale de l’attention visuelle car la prise en charge sera différente.

 

B.   Les différentes théories de la dyslexie

§        Théorie phonologique

La dyslexie serait un trouble spécifique de la parole. Elle serait due à un dysfonctionnement des représentations phonologiques. A l’appui de cette hypothèse, plusieurs études ont mis en évidence les difficultés qu’ont les dyslexiques dans de nombreuses tâches impliquant les représentations phonologiques et dans les troubles du langage, les évocations lexicales, dans la répétition de mots et de non-mots et dans la dénomination rapide automatisée.

 

 

 

§        Théorie magnocellulaire : théorie visuelle de bas niveau

Il existe des liens entre la lecture et la voie magnocellulaire (voie qui traite des stimuli visuels brefs, mobiles, transitoires ; et participe au traitement du mouvement et de la localisation spatiale) responsable de la vision rapide, la perception du mouvement et des objets dans l’espace et du contrôle des mouvements oculaires. Certains aspects de la lecture, en particulier le caractère mouvant et la succession rapide d’informations visuelles, dépendraient en grande partie du système magnocellulaire.

Des études électrophysiologiques et psychologiques réalisées chez des enfants dyslexiques ont permis de suspecter un dysfonctionnement du traitement temporel de l’information visuelle. Ainsi, la sensibilité aux contrastes et les PEV (présentation de réseaux alternants ou de faibles contrastes) sont altérés. La perception du mouvement ou la capacité à comparer des vitesses de déplacement d’objets est perturbée. C’est pourquoi, ces patients peuvent éprouver des difficultés à analyser et séparer des lettres dans un mot. Enfin, en IRM fonctionnelle, l’analyse d’un mouvement se traduit par une moindre activation de l’aire V5 que chez les sujets sains. Ces éléments orientent donc vers une anomalie de la voie magnocellulaire. Ce déficit pourrait altérer le guidage des mouvements oculomoteurs nécessaire pour la lecture dans certaines formes de dyslexies. Des troubles de la voie magnocellulaire seraient présents chez 75% des enfants dyslexiques. Mais selon trois études récentes, les déficits des traitements visuels de bas niveau relevant du système magnocellulaire se rencontrent uniquement dans le contexte de dyslexie phonologique et non dans la dyslexie de surface.  

 

§        Théorie de l’empan visuo-attentionnel : théorie visuelle de haut niveau

La séquence orthographique du mot doit faire l’objet de traitements spécifiques pour être correctement identifiée. Des traitements visuels de bas niveau sont nécessaires pour les saccades et la localisation du point de fixation dans la séquence orthographique, mais des traitements visuels de haut niveau sont également impliqués. Pour que l’enfant puisse identifier un mot lorsqu’il lit un texte, son attention doit être portée sélectivement et successivement sur chacun des mots individuels. Au niveau du mot, des traitements visuo-attentionnels entrent en jeu de façon à traiter l’ensemble des lettres de la séquence.

Chaque fixation demande une attention visuelle importante. Et si celle-ci n’est pas equi-répartie sur l’ensemble de l’empan visuel il existera plusieurs troubles au niveau :

-         De l’identification des mots : « chaton » sera perçu «chAtoN » (les lettres en majuscules correspondent aux lettres saillantes.) mais aussi « cHAtoN » ou encore « ChAtoN ». L’enfant ne percevant jamais un mot de la même façon, il ne pourra pas constituer un lexique orthographique

-         De l’orthographe d’usage

-         De la copie de mots ou de textes : car le manque d’attention entraînera l’enfant à beaucoup lever les yeux pour regarder le texte, et l’empêchera de retrouver rapidement le mot qu’il copie.

-         De l ’anticipation des saccades à venir et par conséquent, il ne lira pas un texte de façon fluide et compréhensible. Il sera amené à sauter des lignes (trouble de saccades de retour à la ligne), des lettres et/ou des mots.

-         Du traitement correct d’une forme d’ensemble

-         De la liaison entre les informations sémantiques et les informations orthographiques et phonologiques

-         De l’acquisition des connaissances lexicales

-         De la construction d’un système de lecture compétent

La dyslexie de surface est un trouble de l’empan visuo-attentionnel qui est différent d’un trouble oculomoteur ou neuro-visuel, d’une dyspraxie visuo-spatiale ou d’un trouble attentionnel spécifique (TDA-H).

 

 

§        Théorie pluraliste

Cette théorie considère que la dyslexie peut avoir différentes origines qui comprendraient l’hypothèse visuo-attentionnelle (ce qui expliquerait la variabilité interindividuelle des différents comportements de lecture et d’orthographe).

 

Conception pluraliste actuelle de la dyslexie (Selon V. Herbillon)


 

 

 

 

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